samedi 1 octobre 2011

Enron et le Protocole de Kyoto

Dans la discussion sur les avantages que le protocole de Kyoto est censé promouvoir, on oublie peut-être, particulièrement chez les verts, que le traité qui est censé sauver le monde de ses propres excès est né dans les hautes sphères des plus grands milieux d’affaires. Le nom d’Enron s’est presque effacé de nos pages d’actualités depuis que la compagnie s’est fait descendre en flammes en 2001 au milieu des accusations de fraude, de corruption, d’entente sur les prix et de pots-de-vin. Mais sans Enron il n’y aurait pas eu de protocole de Kyoto.

Il y a environ 20 ans, Enron, qui était le propriétaire et l’opérateur d’un réseau inter-état de gazoducs, s’était transformé en négociant de matières premières à un milliard de dollars par jour, en achetant et en vendant des contrats et leurs produits dérivés pour fournir du gaz naturel, de l’électricité, de la bande passante pour Internet et tout ce que vous voulez. Les amendements de 1990 à la Loi sur la Propreté de l’Air autorisèrent l’Agence pour la Protection de l’Environnement à plafonner la quantité de polluant que l’exploitant qu’une installation industrielle alimentée en carburant fossile avait le droit d’émettre. Au début des années quatre-vingt dix Enron en avait facilité la mise en place du marché, et était devenu le plus grand opérateur d’un programme de l’APE de 20 milliards de dollars par an portant sur le plafonnement et l’échange du dioxyde de soufre, le précurseur du commerce de crédits de carbone proposé aujourd’hui. Cette bourse du commerce des permis d’émission fit rapidement monter les actions d’Enron.

S’est alors posée la question inévitable, et ensuite ? Et si on faisait un programme de plafonnement et d'échange de dioxyde de carbone ? Le problème était que le CO2 n’est pas un polluant, et que l’APE n’avait donc pas autorité pour plafonner son émission. Al Gore prit ses fonctions en 1993 et s’enticha presque immédiatement de l’idée d’un régime réglementaire environnemental international. Il conduisit une initiative américaine pour examiner de nouveaux projets au tour du monde et émettre des « crédits » de tant de tonnes de réduction des émissions annuelles de CO2. Un système légalement négociable fut demandé, ce qui était exactement ce qu’Enron voulait aussi parce qu’ils négociaient déjà les crédits de polluants. Pour cette raison, Enron fit vigoureusement pression sur Clinton et sur le Congrès pour obtenir l’autorité réglementaire de l’APE sur le CO2. De 1994 à 1996, la fondation Enron versa près d’un million de dollars – 990 000 dollars – au profit de la commission pour la conservation de la nature dont le Projet sur le Changement climatique fait la promotion des théories du réchauffement climatique. Les philanthropes d’Enron dépensèrent sans compter presque 1,5 millions de dollars pour des groupes environnementaux qui soutiennent les réglementations internationales sur l’énergie pour « réduire » le réchauffement climatique. Des cadres d’Enron travaillèrent en étroite collaboration avec le gouvernement Clinton pour aider à la création d’un milieu de scientifiques climatologues alarmistes parce que la compagnie croyait que le traité pourrait lui procurer une monstrueuse manne financière. Le plan était qu’une fois le problème (catastrophe mondiale imminente) mis en place, la solution (les services d’Enron) serait mise à exécution. Cela a failli marcher.

On engagea un conseiller juridique nommé Christopher Horner qui avait travaillé dans la Commission sur l’Environnement du sénateur Liebermann. Horner, employé par Enron, devint directeur des Relations avec le Gouvernement fédéral. C’était en 1997, avant que le protocole de Kyoto ne soit rédigé. Selon Horner, dès le second jour de son travail on lui a dit que l’objectif numéro un consistait à obtenir un traité international qui imposerait des réductions dans les émissions de CO2, mais qui permettrait en même temps de faire le commerce des droits d’émission. Enron possédait la plus grande production de gaz naturel derrière le Russe Gazprom. Enron faisait beaucoup d’argent en négociant du charbon, mais ils avaient déjà calculé que les profits qu’ils perdraient avec le charbon seraient plus que compensés par les profits tirés de sa position privilégiée dans les autres secteurs. Par un positionnement et une anticipation intelligents Enron avait déjà racheté la plus grande compagnie mondiale d’énergie éolienne, GE Wind, à General Electric. Ils étaient alors aussi propriétaires de la plus grande compagnie d’énergie solaire au monde, en association avec Amoco (qui appartient maintenant à British Petroleum – BP). Enron s’est alors mis à financer tout ce qui était lié au battage médiatique du réchauffement climatique, y compris des bourses d’études aux scientifiques – mais en leur demandant des résultats favorables à leurs intérêts – des « preuves » que l’homme était responsable des émissions excessives de CO2 à cause de la combustion des carburants fossiles. Le feu du malaise étant maintenant allumé et enflammé, il ne restait plus qu’à l’entretenir.

Le terme expressif « baptiste-bootlegger » vient du temps de la prohibition. Sous la prohibition les bootleggers et ceux qui transportaient et fournissaient de l’alcool illégal ont fait fortune. L’un de ces entrepreneurs était Joseph Kennedy dont le second fils, John, est devenu président des États-Unis en 1961. Les bootleggers avaient des alliés parmi les baptistes et les autres personnes qui s’abstiennent de toute boisson alcoolisée, qui croyaient que l’alcool était une menace mortelle pour l’ordre social, et qui avaient œuvré pendant des décennies pour obtenir que la prohibition soit inscrite dans la loi. Les baptistes procuraient la couverture politique et les bootleggers empochaient les bénéfices. En public, les deux groupes gardaient entre eux une grande distance sociale. Enron s’était alors placé au centre d’une géniale coalition du genre baptiste-bootlegger. Les rentes gargantuesques qu’Enron recherchait énergiquement ne pouvaient être réalisées que s’il était établi que le protocole de Kyoto fasse partie des lois américaines et internationales. Ken Lay, le directeur général d'Enron voyait non seulement Enron gagner des milliards avec les ventes de gaz naturel qui devait remplacer le charbon comme combustible privilégié conformément aux engagements de Kyoto, mais il se rendait compte qu’en tant que principal sinon unique opérateur national et international dans le nouveau monde du troc des crédits de carbone, Enron pourrait réaliser une fortune jusqu’ici inimaginable. Naturellement, de tels crédits ne deviendraient des feuilles de papier négociables en banque que si des gouvernements, et en particulier le gouvernement américain, instauraient et faisaient appliquer une politique mondiale de limitation de l’usage du carbone conformément à laquelle une taxe mondiale sur le carbone devrait être imposée.

Alors que le mouvement pour instaurer le protocole de Kyoto prenait son élan, il fallait que Ken Lay développe des alliances avec le mouvement des verts y compris avec Greenpeace. Une lettre de 1998, signée par Lay et par quelques autres gros bonnets demandait essentiellement au président Clinton de salir la réputation et la crédibilité des scientifiques qui soutenaient que le réchauffement climatique était un problème exagéré, parce que ces individus se mettaient en travers du chemin d’Enron. Cette lettre, datée du premier septembre, demandait au président de faire cesser le débat scientifique public sur le réchauffement climatique, lequel se poursuit à ce jour. En particulier, elle demandait à Clinton d’arbitrer les aspects politiques de cette discussion en désignant une commission bipartite de très haut niveau. L’objectif de cette commission était clair – dénigrement de haut niveau des scientifiques dissidents. Constituer une liste de membres pour le faire était simple ; regardez simplement le récent numéro de Scientific American dans lequel on a appelé quatre chiens d’attaque pour déchiqueter Bjorn Lomborg. Il avait eu l’audace de publier The Skeptic Environmentalist qui démontre que le réchauffement climatique est exagéré. David Bellamy, l’environnementaliste le plus important du monde est aussi sorti des rangs avec son article largement relaté « Global Warming? What a load of old Poppycock. » De la même manière que Galilée fut obligé de dire publiquement que la lune n’avait aucun effet sur les marées, ou sinon de risquer un nouvel emprisonnement, Bellamy a aussi cédé sous la pression et il a depuis modéré certaines de ses déclarations.

Enron commanda sa propre étude interne sur la science du réchauffement climatique. Elle se trouva être en grande partie d’accord avec les mêmes scientifiques qu’Enron essayait de faire taire. Après avoir considéré toutes les incohérences de la science du climat, le rapport concluait : « L’éventualité la plus vraisemblable est que la grande alarme climatique pourrait être une fausse alarme. Le réchauffement anthropique pourrait bien être inférieur à ce que l’on pensait et favorablement réparti. » L’un des plus grands consultants d’Enron dans cette étude était le scientifique de la NASA James Hansen, qui a lancé tout ce gâchis du réchauffement climatique en 1988 avec sa déclaration grandiloquente devant le Congrès. Récemment il a publié un article dans the Proceedings of the National Academy of Sciences qui prédit exactement la même quantité sans conséquence de réchauffement dans les 50 prochaines années que les scientifiques qu’Enron voulait bâillonner. Ils avaient une décennie d’avance sur la NASA. Fidèle à son plan, Enron n’a jamais publié ses propres résultats, les autocensurant tandis qu’elle intervenait auprès du gouvernement Bush pour un plafonnement des émissions de dioxyde de carbone qu’i pourrait négocier. Cette intervention se poursuit aujourd’hui – ce qui reste d’Enron considère toujours la réglementation sur le réchauffement climatique comme son dernier espoir de sortir de l’oubli en tant qu’entreprise. Un certain vert qui fait campagne en Amérique suit encore les instructions de cette source. Le 7 juillet 2004, Kenneth Lay a été inculpé par un grand jury fédéral pour son implication dans le scandale. Tout le monde sait que quelques centaines de votes en Floride ont fait basculer l’élection en faveur de George W, mais peu sont au courant que la Virginie de l’Ouest, normalement un bastion démocrate, est passée dans le camp de Bush parce que l’industrie du charbon de cet état a décidé de le soutenir parce qu’il n’approuvait pas Kyoto Sans la Virginie de l’Ouest, le vote de la Floride n’aurait pas fait de différence.

« Enron était prêt à tirer des millions de profits des magouilles sur le négoce d’énergie liées au réchauffement climatique », disait Mike Carey, le président de l'Association des Charbonnages de l'Ohio et de la Coalition des Charbonnages américains. L’enquête sur la chute d’Enron en révélera beaucoup plus sur les complexités de la coalition du genre baptiste-bootlegger qui défendait la cause de Kyoto au sein du parti républicain et au sein des cercles d’affaires américains. Les services publics qui brûlent du charbon auraient dû payer des milliards pour les permis parce qu’ils émettent plus de CO2 que les installations qui fonctionnent au gaz naturel. Cela aurait favorisé la fermeture des centrales au charbon en faveur des centrales électriques au gaz naturel ou bien d’autres sortes de centrales, faisant monter les prix de ces alternatives. Enron, avec d’autres compagnies-clés du secteur de l’énergie du soi-disant Groupe des Énergies propres – El Paso Corp., NiSource, Trigen Energy et Calpine Coal Coalition – gagneraient de l’argent à l’aller comme au retour, en vendant des permis et ensuite leur propre énergie à des prix plus élevés. Si le protocole de Kyoto était ratifié et entrait pleinement en vigueur, les experts estimaient que les Américains perdraient entre 100 milliards et 400 milliards de dollars chaque année. En outre, entre 1 et 3 millions et demi d’emplois pourraient être perdus. Cela veut dire que chaque ménage pourrait perdre en moyenne jusqu’à 6000 dollars chaque année. C’est beaucoup demander aux Américains juste pour que de si grandes compagnies d’énergie puissent empocher des millions à cause d’une magouille réglementaire. Pas étonnant que ni les Américains ni le nouveau gouvernement Bush n’en voulaient à aucun prix.

En Nouvelle-Zélande, le gouvernement travailliste fut obligé d’accepter le protocole de Kyoto parce que le parti de l’alliance s’était autodétruit et que le parti travailliste avait besoin des verts pour un soutien dans le vote de la confiance et dans celui du budget. Le prix de ce soutien semble avoir été un accord pour la législation du GE et le protocole de Kyoto. Les travaillistes pouvaient voir que la surveillance du GE n’avait pas de retour financier prévisible, mais que le jeu du négoce des crédits de carbone semblait beaucoup plus prometteur. Un négoce de crédits positif avec tous nos arbres qui servent de puits de carbone faisaient voir aux politiciens des symboles du dollar. Mais tout comme Enron s’est cassé la figure en étant complètement ruiné et fortement compromis dans un scandale financier, de même l’Accord a-t-il aussi de plus en plus l’air d’être passé pour ruiner les économies et faire tomber les gouvernements et tous les joueurs assez bêtes pour s’y faire prendre. Enron s’est effondrée dans un bourbier de corruption, de fausses informations, de manipulation du prix de l’énergie et d’utilisation des relations politiques pour exercer une pression sur les commissions de l’énergie. Les petits caractères de l’Accord révèlent que très peu de signataires, si ce n’est aucun, se trouveront dans de meilleures conditions que les autres. Tout ce qui est lié au traité finira par être du bon argent après avoir été du mauvais, parce qu’une magouille incitée par des demi-vérités et du battage médiatique doit finir par s’effondrer par suite des risques engendrés par sa propre dissimulation. La dette d’un demi-milliard de dollars que doit actuellement la Nouvelle-Zélande pourrait n’être que le commencement. En 2002 Helen Clark a dit « Le changement climatique est un problème mondial …le protocole de Kyoto est la réponse de la communauté internationale au changement climatique et la Nouvelle-Zélande est en train d’y jouer son rôle. » Ceci contrastait fortement avec le propre rapport interne d’Enron qui émettait un doute que le réchauffement climatique soit réel. Il est difficile d’admettre que le Premier ministre d’une nation occidentale ne sait pas que le protocole n’est devenu réel que grâce à Enron.

Les transactions liées au traité d’Enron auraient anéanti l’économie même dans laquelle elle faisait des affaires, et une telle autodestruction est l’un des étranges comportements du capitalisme. Peut-être que les véritables problèmes de la Nouvelle-Zélande sont la crédulité, la vulnérabilité attribuable à sa petite taille et une mentalité protectionniste qui nous voit dans une position de mendicité pour des bouts de transactions commerciales avec l’Union européenne, dont les membres sont unis dans leur attachement à désavantager économiquement l’Amérique. Que la Nouvelle-Zélande, elle aussi, veuille faire baisser le niveau de vie de l’Amérique et en même temps faire du commerce avec elle est aussi bizarre que la politique du gouvernement qui consiste à abattre quelques forêts pour éviter les pénalités de délai de plantation, tout en chantant en même temps les louanges de la croissance des arbres par absorption du CO2.

Je vous suggère de regarder par la fenêtre pour voir s’il est en train de se produire une catastrophe. Tout en regardant, vous pourriez jeter un œil pour voir quel océan est en train de monter. Regardez aussi vers le haut – où se trouve exactement le très discuté nuage de méthane ? Et peut-être que quelqu’un pourrait gentiment nous expliquer comment les émissions de gaz plus lourds que l’air par les automobiles peuvent le générer 8 à 30 kilomètres au-dessus de l’altitude où la plupart des phénomènes météorologiques prennent naissance. Malgré les prétentions du consensus scientifique, beaucoup d’entre nous ne sont pas embrigadés par la science de pacotille. Il y a de nombreux scientifiques, climatologues et météorologues, ici comme à l’étranger, qui sont en train de lutter pour faire accepter d’autres idées dans le débat public. Ils sont allés à contre-courant, et bien que les partisans du réchauffement se vantent sans cesse qu’il ne reste actuellement que peu ou pas de scepticisme à l’exception de quelques dingues marginaux, ces mêmes détracteurs ont l’air d’être en train de l’emporter très lentement. Malgré toutes les paroles affligées et toute l’hystérie de plus en plus acharnée, l’imposition au monde entier de cette religion paranoïaque du réchauffement climatique a été un échec spectaculaire. Depuis la Conférence de Rio en 1992, les verts ont essayé de se servir de la menace du réchauffement climatique pour induire en nous tous une culpabilité protestante, pour plafonner la croissance, pour changer de mode de vie, pour s’attaquer à la voiture, à l’industrie et au grand Satan américain. Mais on dirait qu’ils ont perdu. Il ne reste plus que les écoliers à être abondamment gavés de la croyance selon laquelle ils vont devoir Sauver Le Monde, un monde qui n’a ne serait-ce que d’un seul iota eu besoin d’être sauvé au cours des 4 derniers milliards d’années sinon il ne serait plus là pour y poser nos pieds.

Maintenant, il est tout de même temps de regarder les choses en face : il n’y a pas plus de chance que le réchauffement climatique ne change vraiment la vie qu’il y ait de la neige en enfer. L’échec des verts ne concerne pas seulement le grand public. En jouant la carte du changement climatique au Sommet du G8, la déclaration finale de Gleneagles montre que les dirigeants du monde développé n’ont nullement l’intention de sacrifier la croissance et la réussite économique pour une religion ascétique du réchauffement climatique. Pour citer Michael McCarthy, le rédacteur de la rubrique de l’environnement à l’Independent : « Le programme avorté d’après lequel Greenpeace, les Amis de la Terre et le Fonds mondial pour la Nature et les autres formulaient leur plainte – selon laquelle les États-Unis n’ont pas encore accepté de réduire leurs émissions de dioxyde de carbone – était le propre programme du groupe des verts et non celui du gouvernement britannique. » Au G8, l’idée du plafonnement des émissions de gaz à effet de serre a été intelligemment remplacée par une insistance sur l’innovation technologique et un développement imaginatif. En fait, le Protocole de Kyoto est mort.

Références :
http://en.wikipedia.org/wiki/Enron http://archive.columbiatribune.com/2002/Feb/20020226Comm007.asp
http://www.worldnetdaily.com/news/article.asp?ARTICLE_ID=26124
http://www.lavoisier.com.au/papers/articles/EvansEnron.html
http://www.heartland.org/Article.cfm?artId=204
http://ff.org/centers/csspp/opeds/80320040418_landrith.html
http://www.spiked-online.com/Printable/0000000CAC72.htm
http://www.niwa.co.nz/pubs/ar/2004/14ncc.pdf
http://www.niwascience.co.nz/pubs/mr/archive/2005-08-30-1

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